II
Dom Juan
Le papillon de nuit cognant contre la vitre
N’est toujours pas mort et c’est bientôt le matin.
D’ici peu je pourrai faire à nouveau le pitre
Et m’armer contre tout, je n’aurai peur de rien,
Je répondrai, je ferai celui qui s’en fiche
Et j’enverrai au diable tout ce qu’il faut faire !
En attendant, je dois attendre, je suis riche
Rien que de mon silence et d’avoir su me taire.
Vivant. Je suis vivant. Je vis. J’ai survécu.
C’est fou ! J’ai survécu. La vie est si injuste !
Et j’en ris ! Mais c’est fou d’être encore invaincu
Et d’afficher un mépris, un orgueil auguste
Envers le monde qui voudrait tant me punir.
Je vis, j’ai bien dormi, et ils ont fait nuit blanche
En se tuant pour tenter de me démolir.
Je vais me rendormir un peu, tiens, c’est dimanche.
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Les juges
Alors, où est-il donc votre grand séducteur ?
A-t-il choisi d’être jugé par contumace ?
Les gardes
Il dort. Il nous a donné le nom d’un acteur
Dont il dit qu’il pourra très bien prendre sa place.
Les juges
Un acteur ?
Les gardes
Un acteur. Oui. C’est un comédien
Connu. Vous l’avez vu sans doute au cinéma.
Les juges
Oui mais le cinéma nous n’y connaissons rien…
Ou si mais seulement celui des avocats.
Non, non ! Allez chercher Dom Juan. Le vrai Dom Juan.
Nous le voulons ici, devant nous, sur-le-champ.
Les gardes
On voit bien que vous ne connaissez pas la bête !
Il fanfaronne, il muse, il n’en fait qu’à sa tête
Et après avoir fanfaronné tout son saoul
Prend un malin plaisir à se foutre de nous.
Les juges
Ramenez nous Dom Juan ou c’est vous qu’on enferme !
Et si quelqu’un proteste il prendra trois ans fermes.
On est où, là ? Bon sang ! Qui est le judiciaire
Et qui l’exécutif ? Allez, de l’air ! De l’air !