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III

Leporelle

Il ne veut pas venir, j’ai un courrier de lui.

« S’ils insistent, répond que je me suis enfui »,

M’a-t-il dit. C’est mon maître. Je fais à sa guise.

Voilà donc, mot pour mot, ce qu’il veut que je dise :

Alors c’est ça je suis un diable, un criminel.

Un diable je veux bien mais quel est donc mon crime ?

J’ai aimé, oui, aimé. J’ai aimé toutes celles

Que j’ai croisées. Voilà, j’ai roulé dans l’abime

Infâme de l’amour et des corps qui se touchent

Ou parfois qui se parlent pour mieux se toucher.

Mon crime, c’est celui du désir de la bouche

Bien avant d’être celui d’avoir trop couché.

Je faisais le festin des yeux et de la chair

En ne voulant laisser aucun membre immobile.

Ce festin ne fut jamais celui de la pierre

Car il n’est que la vie qui puisse être aussi vile.

Commençons par mon nom, je ne le dirai pas.

Il n’a pas d’importance, il suffit de savoir,

Que j’ai fait de l’amour un immense repas

Et confondu l’aimer, le manger, et le boire.

Pour le reste je n’ai pas un mot à vous dire :

Vous me parlez du diable, c’était bien bien pire !

Faites donc travailler votre imagination.

Tout est simple, voyez, même moi, je m’accuse

Et vous donne un sourire, il tiendra lieu d’excuses.

Vous me direz ce que j’ai comme punition.

J’ai terminé, vous pouvez suspendre l’audience,

Je suis assez pressé. Ce soir, je me fiance !

 

Le Commandeur

Encore ?

 

Leporelle

Il se fiance et puis se défiance,

Ça n’est rien d’étonnant, croyez mon expérience

De l’animal ! Son cœur est toujours en projet,

Il va de femme en femme et d’objet en objet

Comme un grand papillon qui butine où il peut

Et qui goûte un peu tout mais rien qu’un petit peu.

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