VI
C’est un cas tout à fait parlant de Giovannisme.
Le sujet n’est pas fou mais voit tout par le prisme
De l’amour. Chaque femme doit être la sienne
Pour un moment. Le nombre, qu’à cela ne tienne !
Il rencontre quelqu’un et cherche à le séduire
Puis, quoiqu’il aime, il ne peut s’empêcher de fuir
Pour aimer autre part avec la même ardeur.
Il a besoin de tomber amoureux, son cœur
Veut recommencer sans arrêt le processus
Et c’est comme une drogue : il en faut toujours plus.
Voyez, c’est un syndrome, il ne fait pas exprès
Et l’amour est tout ce qu’il y a de plus vrai
Mais il est toujours neuf et toujours à renaître.
—Et pensez-vous qu’on puisse l’en guérir ?
—Peut-être.
Mais il ne faut pas trop y compter. C’est très rare.
Il finira par se tempérer tôt ou tard
Car l’âge influe sur l’attirance et le désir
Mais c’est à la séduction qu’il prend son plaisir,
Dans les premiers émois, qu’il reproduit sans cesse,
L’idéalisation, la fougue, la tendresse…
L’outrance du début rend tout le reste fade.
Voyez. Le giovannique, il n’a que des passades.
Ici, le sujet devient même obsessionnel.
Il construit le projet d’un amour passionnel
Qui le ronge. Il fantasme qu’il est éternel,
Plus pur que tous les autres, plus fort, plus profond ;
Il invente des signes et cherche des raisons,
Puis se lasse et le cycle repart à zéro.
Comprenez nous ?
—Pour être très franc… pas trop trop.