"Mais où sont les neiges d'Antan ?"
« Mais où sont les neiges d’antan »,
Demandait autrefois Villon.
Nous en avons reperdu tant
Qu’il ne reste pas un flocon,
Plus de froid, et donc plus de rime.
« Rimer » voulait dire « geler ».
Nous avons donc perdu, en prime,
Un moyen de nous consoler.
L’erreüre est le dernier mot
Qui mêla l’errance et l’erreur.
Homo sapiens, aussi homo
Errans avait pour mère et sœur
Sa planète : ou bien vagabonde.
Le nom « planète » en grec ancien
C’était le mouvement du monde.
Il ne nous allait plus si bien,
Déjà, nous étions sédentaires.
Déjà, nous n’étions plus des bêtes.
Particules élémentaires
S’apprêtant à troubler la fête,
Nous voulions, par excès d’orgueil,
Nous distinguer des animaux.
Il faut toujours jeter un œil
Aux sens les plus anciens des mots.
Ils nous disent qu’on a changé,
Ce qu’on a gagné et perdu.
Ils avaient prédit le danger
Longtemps avant qu’on ne l’ait vu.
Ça y est, les glaciers sont à fondre,
L’eau montera, tout est une île.
Et la vie, chose si futile,
Ne trouvera rien à répondre.
Le sujet, désormais, c’est nous.
Notre sujet n ’est plus un « je »,
Il était le sujet du fou
Pour qui tout est chant, danse et jeu.
Nous, la grande communauté,
De l’humain, en tant qu’animal,
Celui qui créa la beauté
Et avec elle, aussi, le mal.
Nous avons fait mourir le froid.
Où sont donc les neiges d’antan
Où ne tombaient pas plus de trois
Gouttelettes rouges de sang ?
Où sont le temps de Charlemagne
Et les hivers d’un noir de jais ?
Où sont les grands cols de montagne,
Et les eaux figées pour jamais ?
Voici l’élégie à la terre
Qui est une ode à notre absence.
La poésie de circonstance
Est la seule qui reste à faire.
Voici le poème obsolète
Que l’on a compté sur ses doigts.
C’est un rire avec les squelettes
Qu’on dédie à l’autre que soi.